"L'empreinte de l'ange."
Ed. Babel Acte Sud 1998
Autres oeuvres : essai : "Jouer au papa et à l'amant", "Tombeau de Romain Gary", "Désirs et réalités."
QUATRIEME DE COUVERTURE : Nous sommes à Paris, à la fin des années cinquante. Saffie, l'énigmatique et belle Allemande aux yeux vert d'eau, devient l'épouse du grand flûtiste Raphaël Lepage, profondément épris dès le premier regard. Mariée puis mère, Saffie ne change pas : rien ne semble pouvoir illuminer son visage fermé et triste, éclairer des yeux qui en ont trop vu - qui ont tout vu. Rien, sauf l'amour fou qui l'embrase le jour où elle rencontre le luthier de Raphaël, un Juif hongrois nommé Andrâs. Ecartelé entre son histoire et sa passion inattendue pour cette Allemande, il tente d'apprendre - et de lui apprendre - à vivre avec leur passé.
Cette bouleversante histoire d'amour et de musique, qui évoque la mémoire, les espérances et les crimes de notre temps, a été couronnée par le grand prix des Lectrices de "Elle" 1999.
GENRE : Roman
RESUME : Mai 1957, Paris. Roman emmêlé dans l'histoire, indémélable de la situation politique. Saffie-Raphaêl ont une relation platonique et matérielle, alors que Saffie-Andrâs partage une passion brûlante et envahissante, subjuguant enfin le regard de la jeune femme sur le monde extérieur..
Le caractère de Saffie s'ouvre et s'envole carrément au contact de l'amour dévorant pour Andrâs, avec qui elle partage un lourd passé encombré de tombes.
Son amour pour son fils Emil, curieux enfant, évolue parallèlement, tout celà s'achevant dans le sang et la douleur.
IMPRESSION : D'innombrables retour à l'Histoire qui sème des pierres réalistes tout au long du roman.. Ecriture exceptionelle, envoutante, et assez sombre finalement. Génial.
PHILOSOPHIE : L'amour, le désir, la maternité, l'Histoire, la mémoire, le pardon, la haine.
EXTRAITS : "C'est effrayant à quel point son fils lui fait confiance, s'abandonnant à son étreinte, ne se doutant pas qu'en le serrant un pru plud, un peu plus... [...] C'est d'une facilité inouïe, lui avait expliqué le jeune professeur en vacances, tout en caressant les seins naissants de son élève ahurie. C'est petit, un chaton, un lapin, ce n'est rien. Tu t'empares des pieds comme le docteur au moment de la naissance, les chevilles tiennent sans problème dans le cercle entre le pouce et l'index, le bébé pend la tête en bas, tu le balances une fois ou deux et hop! c'est fait, le crâne est mou, c'est très facile, la mère rugit, la petite tête a éclaté, il ne reste qu'éclaboussures de sang et de cervelle, la petite personne est terminée - Aus, vorbei -, on la jette et on rigole et au suivant!"
"Elle est, toute, dans son regard sur cet homme aux doigts noircis, au large pantalon de toile et aux tempes grises. Sous l'impact du regard vert, les doigts, mains, bras d'Andrâs finissent par s'immobiliser. Il est paralysé. Contrairement à Saffie, il n'a pas oublié l'enfant qui dort, là, près d'eux. Il sait que s'il lève les yeux vers la femme allemande avant de parler à nouveau, il est perdu. Il cherche des mots et n'en trouve aucun, dans aucune langue.
Il lève les yeux.
Le regard de Saffie est une boule de feu qui lui entre par les pupilles et lui plonge jusqu'au fond du ventre. Il brûle. Il l'a regarde, elle, cette Mme Lepage dont il ne connaît même pas le prénom. Et ses yeux, la regardant, ne contiennent pas la moindre question.
Ils restent ainsi. Beaucoup trop longtemps pour qu'il soit encore possible, après, de feindre l'innoncence. De toute façon ils ne le souhaitent pas. Ils ne souhaitent qu'une chose : chacun l'autre, leur fusion."
" [...] Se dégageant de la prise de l'homme, elle pose ses deux mains sur sa taille - taille pleine, charnue, charnelle, plus épaisse que celle de Raphaël - et se laisse glisser vers le bas. Ses mains passent le long des hanches et des cuisses de l'homme, elle est à genoux devant lui, lui dur, tout enfermé encore dans son pantalon, et elle appuie le visage là, nez, joue, paupières, os de la cavité orbitale, appuie fort, lèche son pantalon à cette endroit, appuie longuement la langue sur le tissu rèche et sec du pantalon... Andrâs, sans fermer les yeux, pose les deux mains sur la tête de cette inconnue, cette étrangère aux yeux verts fermés, et Saffie, soulevée alors par une houle violente, est jetée à terre dans la première jouissance de sa vie."